Le président du Conseil algérien pour le renouveau économique, Kamal Moula, a défendu à Genève une vision équilibrée de l’intelligence artificielle, soulignant son potentiel transformateur pour l’emploi en Algérie et en Afrique, tout en alertant sur les risques de fracture sociale et économique.
L’IA, un levier de productivité sous conditions
Lors de la 114e session de la Conférence internationale du Travail (CIT) à Genève, Kamel Moula, représentant du patronat algérien, a mis en lumière les enjeux cruciaux posés par l’intelligence artificielle (IA) pour les marchés du travail mondiaux. Dans un discours prononcé devant des délégations gouvernementales, syndicales et patronales, il a insisté sur la nécessité d’une
gestion équilibrée de cette révolution technologique, combinant
productivité accrue et
protection des droits fondamentaux des travailleurs.
« Le monde fait face à des transformations profondes et accélérées qui exigent de repenser l’avenir des marchés du travail. L’enjeu n’est plus seulement d’adopter l’IA, mais de l’orienter vers un développement global, créateur d’emplois décents et durables », a-t-il déclaré, selon un communiqué du Conseil algérien pour le renouveau économique.
Un défi algérien et africain
Moula a souligné que l’Algérie, comme l’ensemble du continent africain, dispose d’un
potentiel économique sous-exploité, à condition de miser sur des leviers structurels :
capital humain, infrastructures numériques, éducation et formation.
« L’Afrique possède tous les ingrédients pour une renaissance économique, mais elle doit accélérer sa transformation numérique et intégrer progressivement son secteur informel dans l’économie organisée », a-t-il ajouté.
La
Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qualifiée de
« opportunité stratégique et historique », pourrait jouer un rôle clé dans cette dynamique. Avec un marché de
1,3 milliard de personnes, elle offre une chance unique de
stimuler les échanges économiques, d’
attirer les investissements et de
créer des emplois productifs, notamment dans les secteurs des télécoms et des services digitaux.
Télécoms algériennes : un secteur en mutation face à l’IA
Dans un contexte où les opérateurs algériens –
Mobilis (Algérie Télécom), Djezzy (Orascom Telecom Algérie) et Ooredoo Algérie – accélèrent leur transition numérique, l’IA représente à la fois une
menace (automatisation des emplois, déséquilibres régionaux) et une
opportunité (optimisation des réseaux, services personnalisés, création de nouveaux métiers).
Les trois opérateurs, qui dominent un marché de
45 millions d’abonnés mobiles (source : ARPT, 2025), pourraient tirer parti de l’IA pour améliorer leur
efficacité opérationnelle (maintenance prédictive, gestion intelligente du trafic) et développer des
offres innovantes (5G, IoT, fintech). Cependant, cette transition devra s’accompagner de
politiques publiques proactives pour éviter une
fracture numérique entre les grandes villes et les zones rurales, où l’accès à internet reste inégal.
Coopération internationale et justice sociale
Maoula a également appelé à un
renforcement de la coopération internationale pour encadrer l’usage de l’IA, garantissant son
caractère éthique et responsable.
�� Les transformations numériques doivent être un outil de réduction des inégalités, et non l’inverse », a-t-il martelé, évoquant les
violations des droits des travailleurs palestiniens comme un exemple des dérives à éviter.
Pour l’Algérie, cela passe par :
- L’investissement dans la formation (partenariats avec les universités et les écoles d’ingénieurs pour former aux métiers de l’IA et du digital).
- Le soutien aux startups tech (incubateurs, fonds d’investissement dédiés, comme ceux portés par StartUp Your Life ou Algeria Venture).
- La modernisation des infrastructures (déploiement de la 5G, généralisation de la fibre optique, sécurisation des données).
- L’accompagnement du secteur informel (intégration progressive via des plateformes digitales, comme celles développées par Yassir ou Chari en Afrique).
Perspectives : vers un modèle algérien d’IA inclusive ?
Alors que l’Algérie ambitionne de devenir un
hub technologique en Afrique du Nord, l’IA pourrait jouer un rôle central dans sa stratégie de diversification économique. Les opérateurs télécoms, déjà engagés dans des projets d’innovation (ex :
Mobilis avec son lab IA,
Djezzy et ses partenariats avec des fintechs locales), ont un rôle clé à jouer.
Cependant, le succès de cette transition dépendra de la capacité des pouvoirs publics à
anticiper les risques (chômage technologique, cybermenaces) et à
créer un écosystème favorable à l’innovation, en s’inspirant des modèles tunisien (ex :
Startup Act) ou marocain (ex :
Maroc Numeric Fund).
« L’avenir du travail ne se décrète pas, il se construit. Et c’est à nous, aujourd’hui, de poser les bases d’un modèle où la technologie sert l’humain, et non l’inverse », a conclu Moula, rappelant que l’Algérie, avec ses ressources humaines et son potentiel numérique, a toutes les cartes en main pour réussir cette transition.